Avant-propos d'Hugues Vinet

Publié le 23 avril 2018

Vertigo est un forum international sur la création et l’innovation en musique, art, design, architecture, en lien avec les technologies numériques, dont l’approche est pluridisciplinaire, artistique et scientifique, épistémologique et politique. Pour sa deuxième édition, l’Ircam organise une rencontre autour de « coder-décoder le monde  », concomitamment à l’inauguration des expositions « Coder le monde » et « Ryoji Ikeda ».

En informatique, le code désigne à la fois la représentation numérique des contenus et la formalisation de leur calcul. L’enjeu de ces rencontres est d’abord de présenter l’état de l’art de la création contemporaine dans ses usages du code : production algorithmique du matériau, nouvelles écritures et support heuristique à la créativité, dynamicité des notations et formalisation de l’interaction, etc. Si le numérique neutralise les représentations propres aux différents champs artistiques, facilitant leurs correspondances et la production d’œuvres hybrides, il convient aussi d’interroger les convergences et spécificités de leurs approches. Cette réflexion est aussi particulièrement d’actualité avec la généralisation des technologies d’intelligence artificielle, ouvrant de nouveaux procédés de génération automatique à partir de l’apprentissage massif de corpus existants et substituant déclaratif à impératif, c’est-à-dire s’attachant au résultat à obtenir et non plus au code de fabrication. Pour la création, l’utilisation des big data pose frontalement la question de l’auteur, de son autorité et de son unicité, donc aussi de son existence.

Au-delà des enjeux artistiques, la constitution de corpus documentaires numérisés et l’accès à de nouvelles méthodes de fouille de données donne lieu à une nouvelle ingénierie du savoir – un décodage du monde. C’est précisément l’objet des humanités numériques qui hybrident informatique et sciences humaines et sociales. Par la manipulation d’outils communs, des disciplines distinctes comme l’histoire, l’économie, l’esthétique, la philologie, la musicologie peuvent évoluer dans les traces, les ramifications, les masses de documents. Si ces techniques offrent une confrontation inédite de données massives au service de la recherche ou même de la création, elles posent de nouvelles questions : que faut-il collectionner et indexer, les objets et leur contexte? Ou les traces et les usages? Que devient la notion de collection ? Former / déformer / reformer des corpus relève d’un exercice académique mais aussi créateur, où la visualisation devient déterminante pour l’exploration et la représentation des collections.

Une journée est de plus organisée le 15 juin pour exposer les résultats des dix premières résidences artistiques du programme européen STARTS Residencies. STARTS Residencies organise 45 résidences d’artistes sur 3 ans, issus d’appels à candidatures, dans des projets de recherche dans le domaine des Technologies de l’Information et de la Communication.

Par Hugues Vinet, directeur du département Innovation et Moyens de la Recherche